
L’ŒIL DANS L’OBJECTIF
En prenant la direction sud au départ de Bisha, l’altimètre grimpe légèrement pour flirter avec les 1300 mètres. Pas de quoi manquer d’oxygène, mais le paysage se transforme légèrement tout de même. À la mi-parcours, il s’agissait surtout de se repérer entre les canyons à explorer et les montées sur des hauts-plateaux mi-sablonneux, mi-pierreux ! Sur une belle distance de 412 km où il a fallu garder sa concentration et jouer dans la poussière, le solide Australien Daniel Sanders s’est à nouveau imposé. Les buissons ont encore joué des tours à certains, mais absolument pas à Seth Quintero, vainqueur en autos à 22 ans, une performance historique. La stratégie des autres favoris a consisté à soigner leur position de départ pour le défi de la 48h chrono.
L’ESSENTIEL
• Daniel « Chucky » Sanders rejoue le début de son Dakar 2022, lorsqu’il s’était imposé sur les deux premiers jours. L’Australien a même éloigné la concurrence, son premier poursuivant du jour étant Ricky Brabec, qui a déjà lâché plus de deux minutes. Et le Top 10 est déjà éparpillé sur 25 minutes !
• Ross Branch reste dans le sillage du duo de tête, 3e de l’étape comme du général, mais a appris une mauvaise nouvelle à l’arrivée : son coéquipier chez Hero Sebastian Buhler a quitté la course sur une blessure à l’épaule après une chute au km 68.
• Il avait habitué son public à des coups d’éclat, mais Seth Quintero a cette fois-ci ménagé son suspense bien involontairement. L’Américain, qui a remporté 20 spéciales dans sa carrière en Challenger, les six premières tout juste âgé de 18 ans lors de l’édition 2021.
À l’arrivée au cœur du bivouac de Bisha, il a coupé la ligne avec le deuxième temps derrière Guerlain Chicherit. Mais les commissaires de course lui ont rendu les 95 secondes que lui ont coûté son arrêt auprès du véhicule accidenté de Laia Sanz, et qui lui valent maintenant de rentrer dans l’histoire. Personne n’a en effet souvenir d’un vainqueur d’étape de 22 ans dans la catégorie reine. Du haut de ses 46 ans, Guerlain Chicherit fait figure de papa entouré de deux bambins sur le podium du jour. Le Sud-Africain Saood Variawa, 19 ans, signe le 3e temps à 1’45’’ de son coéquipier américain chez Toyota.
• Les écarts semblent impressionnants pour les autres favoris du Dakar, presque tous distancés au-delà de la 20e position et à plus de dix minutes. Ils ont en réalité calculé leur coup, roulant en retrait pour se ménager une position de départ éloignée pour la 48h chrono. Seul Carlos Sainz n’a pas su retenir sa vitesse, son résultat le placera huitième demain matin… une véritable proie pour Al Attiyah (21e), Al Rajhi (22e) et Loeb (25e).
• Nicolas Cavigliasso et son épouse Valentina Pertegarini s’imposent sur la première étape devant Gonçalo Guerreiro qui échoue à 4’’, après avoir déjà terminé deuxième du prologue derrière son coéquipier chez Red Bull Off-Road Junior Corbin Leaverton.
• Les Polaris sont en forme, puisqu’après Brock Heger sur le prologue, c’est Xavier de Soultrait qui signe le meilleur temps de la première étape. Et avec la manière : « Chaleco » Lopez est non seulement contraint de se contenter du deuxième temps, mais accuse déjà un retard de 7’35’’.
• Mitchel van den Brink démarre en fanfare le Dakar 2025. Ales Loprais et Martin Macik, ses deux rivaux annoncés, accusent respectivement après la première étape un retard de 1’40’’ et de 2’29’’.
LA PERF DU JOUR
Daniel Sanders a certainement appris à ne plus s’emballer. Il y a trois ans, le doublé qu’il avait signé de la même façon en début de Dakar avait fait sensation, mais l’Australien avait abandonné sur une chute en liaison après la journée de repos. Depuis, « Chucky » a nettement gagné en expérience et l’a notamment montré en s’imposant sur le récent Rallye du Maroc. Après avoir habilement slalomé entre les buissons, le porteur du numéro 4 faisait partie des rares à présenter une combinaison intacte à l’arrivée. Au cumul du prologue et de la première étape, le pilote KTM dispose d’une avance de 2’22’’ sur Ricky Brabec. Surtout, contrairement au règlement FIA qui a incité les favoris à lever le pied, les dispositions pour la 48h chrono prévoient que les pilotes de Rally GP s’élanceront dans l’ordre inverse de leur classement du jour. La meilleure place, c’était bien la première. Et le bénéfice est peut-être encore à venir.
W2RC : SEAIDAN NE LACHERA PAS
Yasir Seaidan fait ses débuts en Challenger sur le Dakar après avoir triomphé sur le W2RC 2024 en catégorie SSV. Un titre acquis dans l’adversité. Celle de ses rivaux en piste, mais aussi celle venue de son propre camp, son véhicule à deux reprises sur cinq manches. Contraint à se retirer d’une étape au Portugal, le Saoudien avait dû faire un trait sur ses espoirs de reconquête lors de la manche suivante en Argentine. Dès la première étape, son turbo avait rendu l’âme à Cordoba. Arrivé au Maroc avec une avance qui avait ainsi fondu comme neige au soleil, il s’était finalement imposé sur le fil avec 2 points d’avance sur Nicolas Cavigliasso ! Vainqueur du jour en Challenger, son adversaire d’hier semble bien parti de son côté pour prendre sa revanche. En changeant de véhicule pour 2025, Yasir dont le défi est d’imiter Rokas Baciuska en doublant son titre SSV par une couronne Challenger, pensait en avoir fini avec ses démons d’hier : mais un problème de direction l’a pourtant poussé à rentrer par la route après une tentative infructueuse de réparation. Ses espoirs de victoire sur le Dakar s’envolent. « Jamais deux sans trois » commentait au bivouac son copilote Mickael Metge, fataliste. Mais 2024 l’a prouvé : la mécanique n’a pas le dernier mot avec le duo franco-saoudien.
