Vingt ans après sa dernière apparition sur le Dakar, le vainqueur de l’édition 1993 revient se frotter cette année aux pièges du désert au volant d’un Taurus Evo Max. Une course bien différente de celle qu’il avait remportée avec son Mitsubishi Pajero officiel.

A bientôt 77 ans, Bruno Saby n’a rien perdu de sa passion pour le sport auto. Ni de son amour pour le Dakar. Cette épreuve à laquelle il avait participé à quatorze reprises entre 1992 et 2007, le Grenoblois a décidé d’y regoûter cette année pour donner un coup de main à Alexandre Giroud à trouver des partenaires, à aider Benjamin Boulloud à se former à la navigation en rallye raid, mais aussi pour revivre cette aventure unique qu’offre le Dakar à ses participants.

Lundi soir, l’équipage du Taurus numéro 328 est arrivé à l’ASS de Wadi Ad Dawasir sur le tard et bien poussiéreux. Bruno Saby avait du mal à se souvenir d’une journée aussi compliquée en quarante ans de course auto. « On s’est accroché en début de spéciale avec De Soultrait, raconte l’unique pilote français à avoir remporté les trois rallyes mythiques que sont le Dakar, le Monte Carlo et le Tour de Corse. Nous avons dû changer le train avant, mais comme nous n’avions pas les pièces pour le faire nous avons dû attendre notre assistance. Cela nous a valu de faire 200 bornes dans la nuit et la poussière… Pas drôle pour naviguer, mais il faut l’accepter. Je savais que ça serait compliqué car j’avais le souvenir qu’au Dakar les galères sont inévitables. Je ne suis donc pas surpris. »

Vivre cette course autrement a valeur d’apprentissage pour l’ancien vainqueur du rallye. « Quand tu es derrière tu subis, résume-t-il. En quinze ans de Dakar, je n’avais jamais vécu ça et je suis bien content d’avoir pu le gagner. Sur cette course, il y en a pour tout le monde, et tous les gars ont vraiment du mérite. Devant, il faut attaquer en permanence et être super vigilant car les dangers arrivent vite. Derrière, il faut accepter tout ce que t’inflige le rallye le plus dur au monde. C’est quinze jours de course extrême. C’est difficile mais c’est aussi pour ça qu’on l’aime. J’ai terminé tous les Dakar que j’ai couru en tant que pilote d’usine, et bien celui-ci je vais aussi le rentrer même si on bave tous les jours. » A ses côtés, Benjamin Boulloud ne cache pas son admiration pour la le pilote grenoblois. 

« Disputer mon deuxième Dakar avec une légende comme Bruno, c’est un honneur, lâche l’Isérois qui compte plus de deux cents rallyes routiers à son palmarès, dont une trentaine d’épreuves WRC. Revenir comme ça vingt ans après, c’est impressionnant. On apprend beaucoup sur nous-mêmes. » 

Malgré les difficultés, Bruno Saby assure prendre du plaisir avec son SSV. « C’est un engin génial, très amusant, résume-t-il. Voilà pourquoi, même si on bave et que c’est compliqué, je ne regrette rien. » Et de conclure avant de repartir vers le bivouac : « Après ça, on ne pourra plus se plaindre jusqu’à la fin de nos jours. »