Matthieu Cauvin s’était promis de faire un Dakar. Le voilà à une étape de la concrétisation de son rêve.
La médaille de Finisher qu’il passera à Yanbu autour de son cou, le pilote de la KTM flanquée du numéro 120 rêvait de la ramener chez lui pour la montrer fièrement à ses deux jeunes fils. Jamais il n’avait imaginé que ces deux-là seraient avec lui sur le podium final pour partager la joie de leur papa. C’est Émilie, leur mère, qui a lui a fait la surprise en se pointant à l’arrivée de l’avant-dernière étape du rallye. « J’arrive à l’arrivée et je dis aux gars de l’ASS que je n’ai pris aucun plaisir aujourd’hui, raconte Matthieu. Trop de stress, trop de pression en partant ce matin… Je suis resté crispé tout le long, sans jamais parvenir à me détendre pour profiter. Et puis là, d’un coup, mes deux enfants me sautent dessus. C’était génial, c’était magique.
Merci à Émilie d’avoir organisé tout ça. » Certains enfants grandissent bercés par des dessins animés, chez Matthieu Cauvin ce sont les images de rallye-raid qui défilaient en boucle : Bajas américaines, courses mythiques et surtout le Dakar, regardé chaque mois de janvier sur France 3 aux côtés de son père, motard passionné. À 15 ans, Matthieu se lance dans le motocross, dans un environnement où la moto est presque une langue maternelle. D’autant plus quand l’un de ses amis d’enfance, né comme lui à Draguignan, s’appelle Gautier Paulin, futur vice-champion du monde MXGP. Une autre rencontre a compté : Antoine Méo.
Le quintuple champion du monde d’enduro l’a orienté vers cette discipline exigeante, faite d’engagement et d’endurance. Quand Méo s’attaque au Dakar, Matthieu observe, s’inspire, mais poursuit son chemin en enduro. Il y construit une bande d’amis fidèles, retrouvés plusieurs fois par an sur des épreuves comme le Trèfle Lozérien. Jusqu’au jour où l’idée surgit, presque naturellement : et si le Dakar devenait un projet commun ? Prévu initialement pour 2024, le rêve a été retardé par des blessures, notamment au genou. Deux ans plus tard, cap sur l’Arabie Saoudite avec ses compagnons d’aventure. Blessé au Rallye du Maroc 2025, Matthieu n’avait repris l’entraînement que fin novembre.
Cela ne l’a pas empêché de mener à bien son premier Dakar. Si l’avant-dernière étape n’a pas été une partie de plaisir, le Varois a su se remémorer tous les bons moments vécus depuis le départ de la course pour ne rien lâcher. « Ça m’a permis de tenir et d’arriver au bout, confie-t-il. J’ai adoré le sable et les dunes, les deux étapes marathon avec les copains étaient géniales… Il y aura eu des moments inoubliables durant ces deux semaines. Mais aussi d’autres plus difficiles. Il y a des jours où tu sens bien sur la moto, où tu prends beaucoup de plaisir, et d’autres qui sont très durs. Mais bon, si on est là, c’est aussi pour vivre tout cela. J’ai attaqué ce Dakar avec cinq côtes cassées, je n’avais qu’une crainte, c’était de déclencher mon Airbag.
C’est qui est arrivé le deuxième jour sur une chute… Le début a donc été compliqué. Je me suis fait aussi une grosse béquille à la jambe. Le plaisir est revenu le cinquième jour, et puis ensuite je me suis éclaté. J’ai roulé avec des gars avec qui j’ai pu prendre beaucoup de plaisir. » Revenir une deuxième fois, Matthieu n’y pense pas encore. « Si mon frère a envie de le faire, je l’accompagnerai, glisse Matthieu. Ou si le rallye part dans un autre pays pour découvrir autre chose… On verra. » D’ici là, le Varois compte bien profiter de sa famille pour emmener ses deux fils rouler à moto. Et préparer un jour, pourquoi pas, leur Dakar à eux.
